dimanche 19 décembre 2010

Bibliothèque américaine (III)



Anciens testaments (Hemingway, Kerouac)

Evansville, Indiana, automne 2010

Hemingway m’a fait lire Huckleberry Finn, alors j’ai décidé de lire Hemingway. J’avais un assez vague souvenir du Vieil Homme et la mer, lu il y a longtemps. Le soleil se lève aussi n’a pas grand-chose en commun avec ce souvenir. Paru en 1926, ce livre, proclamé « testament de la génération perdue », a rendu son auteur célèbre. On y suit le narrateur, Jake Barnes, de Paris à l’Espagne, dans un entre-deux-guerres fait d’innombrables heures passées aux terrasses des cafés, dans les bars et les hôtels d’une Europe qui a besoin de s’amuser pour se relever.

On ne se fait pas d’illusions, dans ce roman : les corps sont abîmés, rien ne compte vraiment, et l’amour n’a aucune chance. La langue d’Hemingway est là pour le dire, avec une surprenante économie de moyens, et de nombreux dialogues presque interchangeables – quelque chose que l’on retrouve, des années plus tard et dans un autre registre, mais sûr un même fond absolument désenchanté, chez les personnages de Bret Easton Ellis.

Autre temps, autre testament : celui de la « Beat Generation », dépeinte par Jack Kerouac dans un livre dont on entend beaucoup parler mais qu’on ferait mieux de lire. Si j’avais su, en achetant Sur la route sur un trottoir de Brooklyn, ce que j’allais y trouver, je l’aurais probablement commencé plus tôt. En cinq parties de longueurs très inégales, Kerouac raconte les voyages de son héros Sal Paradise à travers l’Amérique des années 50, de New York, où il étudie, à San Francisco, où il est censé retrouver son ami Dean Moriarty, en passant par tout ce qu’il y a entre deux, et notamment Denver, la Nouvelle-Orléans, et même le Mexique, dernier grand épisode du livre.

Je ne connaissais pas Kerouac avant, et je me fiche passablement de tout ce qu’il peut y avoir d’autobiographique là-dedans (et il semble que tout le soit) – même si la genèse du livre est fascinante : commencé en 1947 et travaillé pendant dix ans, après un premier jet complet écrit en trois semaines au printemps 1951. Ce qui m’a cloué et m’a forcé à lire, c’est la dimension presque religieuse de cette écriture. Il y a ce qu’elle raconte : cette espèce de quête d’on ne sait trop quoi, la poursuite d’une autre liberté dans le Land of the Free, la recherche d’un autre bonheur sur les routes et dans les bars et au fond des lits. Et il y a la manière dont c’est raconté, dans une langue fluide et vraie, le tout propulsé par un rythme ahurissant, et qui ne faiblit jamais tout au long des 300 pages de ce roman qu’il faut absolument lire soi-même pour en prendre un peu mieux la mesure. « C’est l’histoire de l’Amérique. Tout le monde fait ce qu’il pense qu’il est censé faire. Qu’est-ce que ça fait si quelques hommes parlent fort et boivent la nuit ? »

Bruno Pellegrino

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